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Qui paie la maison de retraite si la personne n’a pas d’argent ? Revenus, aides, famille, succession

Nathalie Leroy 10 min de lecture

Quand une personne âgée entre en maison de retraite et que sa pension ne suffit pas, la facture ne disparaît pas. Elle est répartie selon des règles précises. En France, le paiement peut mobiliser les revenus du résident, certaines aides publiques, les proches soumis à l’obligation alimentaire et, dans certains cas, la succession. L’enjeu est de savoir dans quel ordre ces solutions interviennent, et qui peut vraiment être sollicité.

La facture est d’abord payée avec les ressources de la personne âgée

Avant de faire intervenir la famille ou le département, l’établissement examine d’abord les ressources de la personne hébergée. En maison de retraite médicalisée, notamment en EHPAD, la facture comprend généralement plusieurs postes : l’hébergement, la dépendance et les soins. Les soins sont pris en charge par l’Assurance maladie, mais l’hébergement reste en grande partie à la charge du résident.

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Les revenus pris en compte peuvent inclure la retraite de base, les retraites complémentaires, les pensions de réversion, les revenus locatifs, certains produits d’épargne et, plus largement, les ressources régulières. Si la personne possède un logement mais n’y vit plus, se pose aussi la question de le louer, de le vendre ou de le conserver, selon la situation familiale et patrimoniale.

Un minimum doit rester à la personne hébergée

Lorsqu’une aide sociale à l’hébergement est accordée, le résident ne verse pas forcément la totalité de ses revenus à l’établissement. Une partie doit lui être laissée pour ses dépenses personnelles : coiffure, vêtements, produits d’hygiène, petits achats, téléphone ou participation à des activités. Ce reste à vivre est essentiel, car l’entrée en maison de retraite ne doit pas priver la personne de ses dépenses courantes.

Il faut donc éviter une idée reçue : croire que “pas assez de retraite” signifie automatiquement “les enfants paient tout”. En réalité, l’évaluation commence par les ressources de la personne âgée, puis viennent les dispositifs d’aide et, seulement ensuite, la participation éventuelle des obligés alimentaires.

Les aides publiques peuvent réduire ou compléter le reste à payer

Plusieurs aides peuvent intervenir, mais elles ne couvrent pas toutes la même chose. Certaines réduisent le coût lié à la dépendance, d’autres aident à payer l’hébergement. Il est utile de les distinguer, car une famille peut passer à côté d’un droit simplement parce qu’elle ne formule pas la bonne demande.

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L’APA aide à financer la perte d’autonomie

L’allocation personnalisée d’autonomie, ou APA, concerne les personnes âgées en perte d’autonomie. En établissement, elle sert à couvrir une partie du tarif dépendance, selon le niveau de perte d’autonomie évalué. Elle ne paie donc pas toute la maison de retraite, mais elle peut réduire une partie de la facture mensuelle.

Le montant restant dépend de la situation de la personne et du tarif appliqué par l’établissement. Même lorsque l’APA est versée, il peut rester un ticket modérateur ou une part à payer. Elle ne remplace donc pas l’aide sociale à l’hébergement lorsque le problème principal est l’impossibilité de régler le tarif hébergement.

L’ASH intervient quand l’hébergement ne peut pas être payé

L’aide sociale à l’hébergement, souvent appelée ASH, est le dispositif central lorsque la personne âgée n’a pas assez d’argent pour payer sa maison de retraite. Elle est demandée auprès du département, généralement avec l’aide du CCAS, de la mairie ou de l’établissement. Pour être accordée, il faut notamment que l’établissement soit habilité à recevoir des bénéficiaires de l’aide sociale, ou qu’une règle particulière permette la prise en charge.

Le département examine les ressources de la personne âgée, mais aussi la contribution possible de certains proches. Si l’ASH est acceptée, le département paie tout ou partie des frais d’hébergement non couverts. Cela permet d’éviter une rupture de prise en charge lorsque la personne n’a pas les moyens de financer seule son séjour.

Les aides au logement peuvent aussi compter

Selon l’établissement et la situation du résident, une aide au logement peut être demandée, comme l’APL ou l’ALS. Elle ne suffit généralement pas à absorber le coût d’un hébergement en maison de retraite, mais elle peut alléger le reste à payer. La demande se fait auprès de la CAF ou de la MSA selon le régime de la personne.

Dans les faits, les familles ont intérêt à vérifier toutes les aides mobilisables avant de conclure que le coût est impossible à assumer. Un dossier bien préparé peut combiner retraite, APA, aide au logement et ASH, avec une participation familiale ajustée à la capacité réelle de chacun.

La famille peut être sollicitée au titre de l’obligation alimentaire

Si les ressources de la personne âgée et les aides ne suffisent pas, certains membres de la famille peuvent être appelés à contribuer. C’est l’obligation alimentaire. Elle repose sur l’idée que certains proches doivent aider un parent dans le besoin, mais cette aide n’est ni automatique ni identique pour tous.

Qui peut être concerné ?

Les enfants sont les premiers concernés, ainsi que les gendres et belles-filles dans certaines situations, tant que le lien matrimonial existe. Les petits-enfants peuvent aussi être concernés selon les règles appliquées et les décisions du département ou du juge. En revanche, les frères et sœurs ne sont pas soumis à l’obligation alimentaire pour payer la maison de retraite d’un parent âgé.

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L’époux ou l’épouse a également un devoir de secours. Si le conjoint vit encore à domicile, sa situation est étudiée avec prudence, car il doit pouvoir continuer à payer son propre logement, ses charges, sa santé et sa vie quotidienne. La participation ne doit pas le mettre lui-même en difficulté.

Le montant dépend des moyens de chacun

L’obligation alimentaire n’est pas une division simple de la facture entre les enfants. Les revenus, les charges, les crédits, les enfants à charge et la situation personnelle de chaque obligé sont examinés. Un enfant aux revenus modestes ne doit pas payer la même somme qu’un autre disposant de ressources confortables.

Il faut surtout regarder trois éléments : le besoin réel du parent, la capacité contributive de chaque proche et la durée probable de l’effort financier. Cette méthode évite deux erreurs fréquentes : faire peser la charge sur celui qui habite le plus près, ou considérer qu’un enfant propriétaire peut forcément payer davantage alors que son budget mensuel est déjà contraint.

En cas de désaccord, le juge peut trancher

Les tensions familiales sont fréquentes : un enfant estime avoir déjà beaucoup aidé, un autre refuse de payer, un troisième conteste le choix de l’établissement. Si aucun accord n’est trouvé, le juge aux affaires familiales peut fixer la contribution de chacun. Il tient compte des besoins du parent et des ressources des obligés alimentaires.

Il est préférable de conserver les justificatifs : avis d’imposition, loyers, crédits, pensions versées, frais de santé, charges liées aux enfants. Ces documents évitent les discussions vagues et permettent d’établir une contribution réaliste. Dans un dossier d’ASH, le département peut aussi demander ces informations pour évaluer la participation familiale.

Le département peut avancer, puis récupérer certaines sommes

L’ASH est une aide précieuse, mais elle n’est pas toujours définitivement acquise. Dans certaines situations, le département peut chercher à récupérer les sommes versées. C’est un point souvent mal compris au moment de l’entrée en maison de retraite, alors qu’il peut avoir des conséquences sur le patrimoine familial.

La récupération peut viser la succession

Lorsque la personne âgée décède, le département peut récupérer tout ou partie de l’aide sociale à l’hébergement sur sa succession, dans les limites prévues par les règles applicables. Concrètement, si la personne laisse un patrimoine, par exemple une maison ou de l’épargne, le département peut demander le remboursement des sommes avancées.

Cela ne signifie pas que les héritiers doivent payer sur leurs propres revenus si la succession ne le permet pas. La récupération se fait en principe sur l’actif successoral. En revanche, si un bien immobilier existe, la famille doit anticiper la question : conserver le bien, le vendre, accepter ou refuser la succession, organiser les démarches avec le notaire.

Certaines donations peuvent être examinées

Si la personne âgée a donné un bien ou une somme importante avant de demander l’aide sociale, le département peut s’intéresser à cette donation. L’objectif est d’éviter qu’une personne se rende artificiellement insolvable pour faire payer la collectivité. Les règles dépendent des circonstances et des délais, d’où l’intérêt de demander conseil avant toute décision patrimoniale.

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Il ne faut pas confondre organisation familiale et manœuvre risquée. Vendre un bien pour financer l’hébergement peut être cohérent ; donner précipitamment la maison à ses enfants juste avant de demander l’ASH peut créer un problème. Dans les situations complexes, un notaire, un travailleur social ou un avocat peut aider à mesurer les conséquences.

Les démarches à faire quand la retraite ne suffit pas

Face à une facture impossible à payer, le plus important est d’agir vite. Les impayés peuvent fragiliser la relation avec l’établissement et retarder l’accès aux aides. Il vaut mieux signaler la difficulté dès l’admission ou dès que la situation financière change.

Préparer un dossier clair

Un dossier solide accélère l’instruction. Il faut généralement rassembler les justificatifs d’identité, les avis d’imposition, les relevés de pensions, les justificatifs d’épargne, les charges, les informations sur le logement et les coordonnées des enfants ou autres obligés alimentaires. L’établissement peut souvent indiquer la liste exacte des pièces demandées.

La demande d’ASH se fait auprès du département, souvent via le CCAS ou la mairie du dernier domicile. Pour les informations pratiques, le site Service-public.fr présente les démarches liées à l’aide sociale à l’hébergement et permet de vérifier les règles générales applicables.

Comparer le coût réel des établissements

Avant de choisir une maison de retraite, il faut regarder le tarif hébergement, le tarif dépendance, l’habilitation à l’aide sociale et les frais annexes. Deux établissements proches peuvent produire des restes à charge très différents. Un tarif mensuel légèrement plus bas n’est pas toujours le meilleur choix si les aides y sont moins favorables ou si des prestations indispensables sont facturées en supplément.

En pratique, si la personne âgée n’a pas assez d’argent, la facture peut être couverte par une combinaison de revenus personnels, d’APA, d’aide au logement, d’ASH et de participation familiale. La famille ne paie donc pas automatiquement tout, mais elle peut être sollicitée selon ses moyens. Le département peut compléter, puis récupérer certaines sommes sur la succession. La bonne décision consiste à chiffrer chaque situation avant que l’urgence ne l’impose.

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